Ola!

Ola!

Je quitte Kazan. Que j’ai aimé cette ville. Que j’ai aimé mes rencontres là-bas. Ma dernière soirée, j’ai dansé toute la nuit à en avoir le tournis. 2h. il est l’heure. Le transsibérien m’attends. Dieu que j’ai espéré rater ce train.

Mais non, je suis sur le quai. Il est là. Je monte. Mon cœur tourne encore et encore. Il ne s’arrête plus de tourner. Comment pourrait-il. Il est embarqué par Maria et Lyosha qui dansent pour moi sur le quai. C’est leur au revoir.

Je les connais depuis 2 jours ou quelques heures. Que je les aime.

Le train part. Ils courent. Je vois des sourires sur le visage. Puis plus rien. Noir.

Je me retrouve sur la banquette froide de mon amour de transsibérien. Il me fait la tête ce soir.

Le réveil est douloureux. Je ravale mes larmes. Nostalgie dans mon café.

Bad mood… J’en rajoute une couche et prépare à plugger mes écouteurs dans mes oreilles, playlist douceur qui fait chialer prête. Ma playlist bug ! A la place j’entends : « Hi ! Where are you from ? »

Mes yeux envoient cette information à mon cerveau : tiens c’est le petit « bad boy » de la bande de jeunes étudiants éparpillés autour de moi dans le train ».

Mon cerveau répond : « surprise, il parle anglais ce gars là ?!? ».

Alex, 20 ou 22 ans, étudiant en psychologie. Il est là en voyage avec sa classe. Lauréat d’un concours, ils ont gagné un voyage d’étude à Kazan. Son campus est à 3h de bus de chez lui. Il rentre tous les we pour s’occuper de sa mère qui vit seule dans un petit village.

Les villages russes, je les ai vu par la fenêtre de mon train. Les maisons sont en bois. Elles ont toutes leur petit jardin.  Certaines ressemblent à des cabanes et on se demande si elles sont vraiment habitées.

Il vient des montagnes de l’Altaï. Le sourire aux lèvres, il est fière de me montrer ses exploits d’haltérophile sur son téléphone. C’est un passionné. Il a même trouvé le moyen d’aller s’entrainer quelques heures à Kazan pendant son séjour : « ça me manquait trop ! il fallait que je trouver une salle de sport ».

La nuit, Alex est surveillant dans un pensionnat pour orphelins.

Je lui demande quand est ce qu’il pense à dormir. Il me répond « je ne dors pas beaucoup ».

Et quand il ne dort pas, n’étudie pas, n’est pas à la salle de sport ou chez sa mère, il joue de la guitare. Sa guitare, Ola, elle est là. Elle chante dans mon train. C’est un plaisir de l’écouter.

Son rêve à Alex, c’est d’ouvrir une salle de sport un jour.

 

Il semble triste quand il me parle de son frère : « il ne pense qu’à boire des bières et à fumer. Il a un ventre gros comme ça et me dit que ma salle de sport, c’est que dans mes rêves ».

A chaque nouvelle page de son histoire, je me prends une nouvelle claque.

 

Il regarde cette fille dormir sur la banquette du haut avec des étoiles dans les yeux.

Je lui dis « tu l’aimes bien cette fille ? ». Il me répond qu’elle a un petit ami et que de toute façon, les filles elles aiment pas les garçons qui ne boivent pas et ne fument pas…

Alors celle-là, je l’avais pas vu venir.

Quoi répondre… je me sens stone.

Intérieurement je me dis qu’il lui faudra peut-être un peu de patience jusqu’à rencontrer des filles avec un peu plus de sagesse.

Il se sent différent : « Je peux pas m’en empêcher. Quand je vois des voyageurs, j’ai envie d’aller leur parler. En plus comme ça, j’entraine mon anglais. Je comprends pas tous ces autres de ma classe. Ils parlent à personne. Regarde, ils sont là à dormir et à rien faire »…

Il reprend Ola, et joue encore. On partagera encore quelques notes, quelques sourires et quelques dattes avant de se quitter.

 

En partant, je lui dit qu’un jour je viendrais le voir dans sa salle de sport de l’Altaï, et que d’ici là, qu’il ne s’arrête surtout pas de parler à des inconnus.

Ola !

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