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Catégorie : Indonésie

Saujana

Saujana

Je viens de passer 12h de route dans un mini van qui compte 9 places. Règles de calcul quelques peu différentes ici étant donné que 16 paires de fesses ont trouvées place à bord du carrosse !! Je ne sais pas quel Dieu j’ai prié, mais j’ai prié, beaucoup, au minimum 12h ! Le chauffeur, dans sa benz, chemise et fenêtre ouverte, chaines en or qui brille… et musique à donf’ doit être un pilote de rallye recyclé en taxi driver. Et ce n’est pas un van au fait, c’est une boite de nuit ambulante ! Au dernier rang, un énorme caisson de basse est installé dans mon dos et finira par me filer une migraine carabinée. Et les odeurs ! Celles de la rue. On en a traversé des villages, des marchés. Et les odeurs dans la voiture. Cœurs sensibles s’abstenir : je ne sais comment, mais j’ai été la seule, avec le chauffeur, à ne pas être malade. Dans la rangée devant moi, une famille entière prise de vomito ! La maman malade qui vomit sur son petit garçon, qui lui-même se vomit dessus. 3 paires de fesses à ma gauche, le long de la fenêtre, un grand père crache ses glaires. Il va pas finir en vie Papi, il va claquer avant !

Allez, je referme la parenthèse J  C’était pour vous partager un peu d’authenticité.

 

Mes prières ont été entendues ! 12h après, j’arrive devant la ferme de Natal où mon ami Eru m’accueille. Il est 21h, il fait nuit. Je ne verrais pas grand-chose ce soir.

Mais qu’est ce que tu fous Leelou ?? Eh bien j’ai juste choisi de partir loin, très loin des sentiers touristiques. Gagné ! Je trouve refuge chez Eru, dans sa ferme, où je me porte volontaire pour je sais pas combien de temps.

Le premier réveil est doux. J’ouvre les yeux sur un jardin magnifique. La maison est simple. Une pièce principale, une chambre, un pièce d’eau. Dans cette dernière tu laves la vaisselle, ton linge, tu vas au toilettes, tu te douche « à la bucket », et surtout tu évites de tomber dans le puit qui te sert à puiser l’eau ! Première pour moi. J’adore !

Dans la pièce principale, tu cuisines, tu te reposes, tu installes ton bureau pour travailler. Aucun meuble. Tout se fait au sol. Je prends vite mes marques dans cet endroit que je vais très vite aimer. A l’entrée de la maison, une terrasse couverte. C’est le lieu de rencontre. Celui où les étudiants du lycée voisin et les enfants du village viennent pratiquer leur anglais.

Le matin, on travaille dans la ferme. J’apprends à collecter les cacahuètes, à les planter, à faire des boutures de fleurs. L’après-midi, je suis impatiente de recevoir les enfants du village pour leur apprendre les fondamentaux de l’anglais. Je les adopte en 2 secondes surtout après les entendre me chanter « happy birthday to you leelou ! » (Cf. article « mon voyage en terre inconnue : concerto en amour majeur »)

Eru, Eru, Eru… Il a 30 ans. A étudié l’agriculture et a des idées et des convictions plein la tête. Je partage ses idées. Il en est heureux. Il se sent seul avec ses idées. Elles sont bien différentes de celles d’ici. C’est un militant. Il veut se battre contre la société de consommation qui sévit ici aussi. Contre les multinationales qui dégomment la mangrove jusqu’à la plage et qui pillent les océans. Il veut réapprendre à sa terre comment c’était bien avant sans la chimie et le plastique dans les assiettes.

Eru reçoit des volontaires via le site internet www.workaway.com depuis 3 ans. Une vingtaine de personnes sont venue participer à la construction de la ferme. La connexion entre les visiteurs et les locaux est une vraie réussite ! Alors Eru souhaite développer un réel Eco lieux avec des petites cabanes en bois et bambou pour les recevoir et leur permettre de vivre une expérience authentique, hors des sentiers battus, au cœur de l’Indonésie, la vraie.

 

Alors comme je crois en lui, je veux l’aider. Je veux l’aider à trouver l’argent nécessaire à son projet. Très vite, je me mets à travailler le matin sur ce projet. Il faut détailler le projet, imaginer le plan de la ferme, déterminer les couts. On travaille à a réalisation d’une vidéo de présentation du projet qu’on compte bien utiliser pour faire la promotion de la campagne de crouwdfundnig que nous allons créer.

La quoi ? Crouwdfnding comme recherche de fonds participatifs. Toi, moi, nous, vous, tout le monde peut décider de soutenir financièrement un projet comme celui là. On choisit la plate forme internet www.wethetrees.com. On lance la campagne le 2 février. Et le 2 avril on atteint l’objectif visé, soit 4500 euros. Victoire ! On utilise les réseaux sociaux, FB, pour parler du projet. C’était dur, très dur. Dur de voir le désintérêt quasi général. Ca me rend malade. Je ne peux pas comprendre notre égoïsme. C’est chacun pour sa gueule.

Sauf pour quelques-uns qui dessinent avec moi de nouvelles lignes. Ma famille, mes amis, ont été d’un si grand soutien.

Je me suis rarement sentie aussi utile dans ma vie. Je me sens l’âme d’un Robin des Bois. Comme si j’avais eu le pouvoir de mieux répartir les richesses. D’en ramener un peu là où il n’y en a pas tant.

Alors voilà, dans quelques temps, à Natal, il y aura quelques places pour vous accueillir. Attention, préparez-vous, la terre inconnue, ça fait « wouaouwwwww ». Elle s’appelle Saujana.

Natal, il a fallu que je te quitte. Je reviendrais. Je reviendrais passer du temps avec vous, Nayla, Aura, Arsat, Guilang, Dira, Adam, Irsat…. Je reviendrais faire du bateau avec Maulida. Je reviendrais aller à la pêche au crabe de rivière et de nuit. Je reviendrais visiter tes plages. Je reviendrais chanter an anglais avec les étudiants du lycée. Je reviendrais planter des peanuts dans le jardin. Je reviendrais manger du « lontong » au petit dej’. Chanter avec vos guitares toute la nuit. Je reviendrais…

 

Sibolga, dans mon cœur maintenant, il y a aussi toi

Sibolga, dans mon cœur maintenant, il y a aussi toi

Bye Medan, cap sur Natal. C’est là où je comte passer quelques semaines dans une ferme en permaculture en tant que volontaire.

Première escale : lac Toba au centre de Sumatra. 5h de route. 2 jours de sérénité, où j’ai troqué les klaxons contre un joli balcon et quelques escapades à scooter.

Depuis le lac, d’après la carte de l’ile, je devrais en avoir pour 8 heures à rejoindre Natal sur la côte ouest de l’ile.

Dimanche 15 janvier, c’est parti pour la route. Je me rends donc au port pour trouver un bus. L’unique agent local qui organise les voyages vient très vite me proposer ses services. « Alors Miss, pour aller à Natal, il va falloir changer de mini bus à Sibolga. 5h de route pour Sibolga. Ensuite de Sibolga, il doit rester 3h de route pour Natal ».

Let’s go ! Mini van en pas trop mauvais état avec à son volant un chauffeur pas trop crazy J

La route est belle. Plaines, rizières, villages et puis Sibolga. A ma grande surprise, cette petite ville est pas si mal. Bien plus agréable que Medan ! Rien à voir. Ca doit être une petite ville côtière prisée des locaux avec plages et noix de coco.

Destination atteinte. On arrive à la station de bus vers 16h. « Miss, miss, miss, where are you going ?? ». Très vite je comprends que le prochain bus pour Natal est le lendemain matin…

Well, c’est un signe ! Dans le bus en arrivant, j’ai aperçu un village de pêcheur dont les maisons sont construites sur pilotis. Je me trouve une chambre d’hôtel « grand luxe » à deux pas de la station de bus. Définition de « grand luxe » à 14 euros la nuit : chambre borgne, pas de douche, juste, comme souvent en Asie, un grand bac bétonné rempli d’eau avec un petit seau, pas de draps, trous de clopes ou de je sais pas quoi sur le matelas…

Je trouve un Beja (objet roulant non identifié, encore) dont le driver joue aussi le rôle de guide touristique. Qu’il est fier de balader la petite frenchie dans sa ville. Après de nombreux stop selfie, nous arrivons enfin dans le village de pêcheurs. D’étroits chemins bétonnés filent depuis la route principale en direction de l’océan. Encore une fois, je me retrouve sous les feux des projecteurs. 3, 2, 1, ça tourne ! Mon bodyguard m’ouvre la route. C’est comme emprunter les podiums d’un défilé de mode.

J’ai des yeux collés sur tout mon corps depuis 1 semaine. Je ne pensais pas pouvoir en supporter plus, mais ceux-là sont différents que ceux de la ville. 100% bienveillants.

Les yeux que j’ai collés dans le dos me permettent de voir les nombreuses têtes qui se faufilent dans l’embrasures des fenêtres sur mon passage. Leurs visages me disent « mais qu’est ce qu’elle fait là ?? »

En passant devant « le bar », je rencontre BapaAndré, unique villageois parlant anglais. Il m’invite à sa table, et très vite à celle de tout le village qui s’est invité ! Il m’explique que je suis la deuxième touriste à être venue se perdre ici. Il me parle de sa vie de pêcheur pas facile, avec un océan qui se vide de poissons. A côté de moi, le jeune « Albert » tente de baragouiner anglais. Il me demande en mariage en me proposant à manger et à boire. J’accepte sa main devant le coucher de soleil sur la jetée avec le village entier comme témoin J

J’ai pas envie de partir. BapaAndré m’invite à diner dans son humble demeure. Je rencontre son adorable femme, MamaAndré, et ses 3 enfants. L’unique morceau de poisson est pour moi… ça sera riz et pâtes lyophilisées pour eux. J’accepte leur générosité en tentant de partager, sans succès….

On parle, on rit, on se promet de se revoir. BapaAndré veut m’emmener en mer sur sa barque.

J’aurais été bien mieux ici, dans leur petite maison en bois sur pilotis, que dans ma chambre d’hôtel miteuse que j’ai dû finir par rejoindre.

J’ai du mal à trouver le sommeil. Je ne réalise pas vraiment tout ce qui vient de m’arriver.

Je sens que j’ai perdu un morceau de cœur, encore. Mais le vide, je l’ai comblé.

Sibolga, dans mon cœur maintenant, il y a aussi toi.

 

 

 

En terre inconnue, appelez-moi Miss!

En terre inconnue, appelez-moi Miss!

Parfois les plans changent. J’aime ça. C’est la surprise. C’est excitant. Surtout quand les mésaventures se succèdent et qu’à la fin tu te dis : ça valait la peine quand même…

Dans mon plan, il y a la découverte de fermes en permaculture via le volontariat. Quelques heures de travail par jour contre le gite et le couvert. Good deal ! L’Indonésie n’était pas sur l’itinéraire de Myterrehappy. Mais la lecture de quelques lignes en ligne peu tout changer. Un projet Sur l’ile de Sumatra. Je suis draguée par cette micro ferme en permaculture, son centre éducatif et le projet de développement d’un lieu d’éco-tourisme. Je suis séduite !

Et voilà comment Je me rends en Indonésie, mais loin, très loin de Bali (où j’irai un jour !) C’est donc un billet pour Medan, principale ville de Sumatra que je vais prendre.

Je quitte la Thaïlande le 9 janvier, le cœur gros comme ça… et là je ne sais pas encore que c’est le début de l’aventure en terre inconnue !

 

Arrivée à l’aéroport de Chiangmai. Jusque là tout va bien. Je fais la queue au guichet air asia. A mon tour. « ah mais non mademoiselle, ici c’est les vols domestiques. Les vols internationaux c’est là bas ». Merci ! Et on recommence !

Au bon guichet. « Avez-vous un billet pour sortir du territoire indonésien mademoiselle ? » Eh bien non. Disons que je ne sais pas encore où et quand je vais ressortir. Eh bien figurez vous que pour entrer en Indonésie il faut avoir réservé son billet de sortie !

Opération « help me my lovely smartphone ».

Solution la plus économique dans mon cas de grande incertitude, réservation d’un billet de ferry qui relie l’Indonésie, Balam, et Singapour. 26 dollards, Allez ! Et voilà comment j’ai enfin pu monter dans mon avion J

Et c’était vrai ! J’ai bien du montrer ma réservation de ferry au douanier qui a tamponné mon passeport à l’arrivée à Medan.

 

Première claque. Elle est à 31°C. Taux d’humidité au max.

Deuxième claque. « Miss, where are your from ? How are you ? where a you going ? »

Oaouww ouaouwww ! Qui me parle ?? tout le monde ! Je suis passée du statut de « quelqu’un » à « attraction » !

Eru, qui va m’accueillir dans sa micro ferme dans quelques jours m’avait prévenu : « you will be a rock star here ! »

C’est donc en tant que Rock star que je vais découvrir Medan, capitale de la région de Sumatra.

Alors, Medan, comment dire… c’est… chaud (trop !), ça sent pas bon (autant que ma chambre d’hotel sans fenêtre au parfum « brise rat crevé » (ok, j’exagère un peu… si peu…), c’est bruyant (m’avaient manqué les klaxons…). Premier jour à découvrir mon « quartier », je risque ma vie à chaque coin de rue. Ca file à vive allure. Pas de place pour les piétons ici. Et ça se voit. Pas de trottoir. Alors tu pries pour ne pas te faire faucher par un bus, un beja (c’est le tuc tuc local), un gros 4×4 ou encore un tas d’ORNI (objets roulants non identifiés).

Le contrepartie de cette ambiance pesante, la population me donne le sourire ! Je n’ai pas compté combien de poignées de main j’ai serré. « Hey miss, where are you from ? ».

On m’invite à jouer au domino sur le trottoir. On arrête les voitures pour me permettre de traverser les routes de la mort de la ville. Ca a l’air génial hein ?

Ouai, sauf qu’après 2 jours comme ça, t’en peu plus des poignées de main, des regards insistants, de répéter la même chose 1000 fois : « I’m from France ».

Et puis, je suis une fille qui voyage seule. Alors quand une fille qui voyage seule traverse « la rue aux milliards de regards » (oui c’est comme ça que je l’ai appelée…), elle feel pas super bien… Pour trouver des trottoirs ou des endroits pas trop suicidaires pour marcher, je cherche des rues plus petites. Voilà comment j’arrive dans le quartier des garages à scooters. Imaginez le décort : à gauche, à droite, se suivent des mini garages où jeunes gens exclusivement de la gente masculine, s’affairent à bricoler leur bécane depuis le trottoir (toujours pas de trottoir pour moi donc), clope au bec,  ils sont comme des milliards de cheminées à me regarder, à me fixer, à m’appeler « hey miss », encore et encore. Je dois m’avouer vaincue cette fois-ci. Je ne sais pas si je dois fuir leur regard, fuir tout court, sourire, ou pas, comment réagir. Je ne pense pas avoir ressenti un sentiment d’insécurité. C’est autre chose. Ce sont les regards qui te rappellent que tu es différente et que nos deux mondes ne se croisent pas souvent en vrai. Claquer des doigts et sentir le parfum d’ambiance « rat crevé » de ma chambre, c’est tout ce que je souhaite à ce moment là… Mais avant d’atteindre mon but, il me faudra traverser « la rue des ferrailleurs ». Une autre…Mais celle-là efface mon inconfort. Les sourires sont bienveillants. Ils appellent mon appareil photo. Ils prennent la pose et espèrent finir dans un « magasine in america ».  Sorry guys, vous finirez seulement sur le blog de Myterrehappy.

 

Après quelques mois de voyage, la voilà. La voilà ma terre inconnue. Première fois d’un sentiment de déséquilibre. De ne pas savoir comment faire, comment agir. Première fois très loin de partenaires de voyages. Parce que oui, j’ai beau chercher, j’ai beau regarder, à l’horizon, il n’y a que Miss Myterrehappy !